Cette année j'ai vécu à Paris, rentrant souvent chez mes parents car je n'habitais que dans une chambre, ce qui ne me permettait pas d'être encore tout à fait indépendante.
Mais ça y est, l'appartement est trouvé, mon père a décidé que ma chambre ici ne serait plus ma chambre, je vais partir de la maison pour de bon.
Alors des questions se posent. Comment cette nouvelle vie va-t-elle s'organiser, et surtout, comment vais-je gérer le handicap de mon frère, si loin de ma famille. Car ce sera forcement d'une nouvelle façon.
Ma mère m'a dit que je devais considérer que ce n'était plus mon problème. Je deteste quand elle dit ça. C'est comme si quand mon frère partira de la maison, je lui disai "c'est plus ton problème maintenant".
Ce qu'elle ne comprend pas, c'est que l'autisme de mon frère est intimement lié a leur façon de vivre à eux, et que mes parents resteront toujours mes parents, autant que mon frère sera toujours mon frère.
Elle m'a sorti l'insulte suprême quand je lui ai dit (certes avec peu de tact) que j'avais de moins en moins de patience avec Pierre-Jean quand je rentrai. Elle m'a dit que j'allais devenir comme tout le monde, comme leurs anciens amis qui leur disaient "moi je suporterais pas".
Bref, ce sont les deux choses que je ne peux pas entendre : c'est plus ton problème, et tu vas devenir comme ceux qui nous ont abandonnés.
Je me sens lâche de partir parce que je sais que ça va me faire un bien fou, que les week-ends je pourrais rester chez moi si l'envie m'en prend. Mais ce qu'elle ne comprend pas c'est que si je veux voir mes parents, ce qui me prend souvent parce que je les aime, et bien je ne pourrai pas. Je ne peux pas voir mes parents, ils sont trop noyés dans ces problèmes et maintenant que je les vois de l'exterieur, je me retrouve comme une idiote.
J'ai beaucoup axé mes travaux personnels à la fac sur l'autisme, ou encore la bioéthique, tout ce qui me faisait penser que j'agissai encore un peu. Je me disais "ouai, les profs vont lire ça, ils vont apprendre, et peut-être même en parler autour d'eux." mais ce n'était qu'illusion pour me faire croire que j'étais encore dans la machine.
Je me rapelle étant petite regarder Sandrine Bonner à la télévision, une émission sur l'autisme animée par Drucker. Elle avait l'air absente, il n'y avait que son envellope corporelle sur le plateau. ça me révoltait, je me disais "une soeur de personne autiste qui ne se bouge même pas, elle a l'air de rien en avoir à faire". Mais maintenant je comprends.
Maintenant elle se dit sûrement qu'elle a sa vie, que petite ça n'a pas été facile, et qu'elle n'est pas qu'une soeur de personne handicapée. Elle a du voir ses parents trimer pour s'en sortir.
Et pourtant en pensant ça on est déjà des lâches aux yeux de nos parents et de la petite fille qui se faisait mordre jusqu'au sang par son frère mais le défendait quand même dans la cour de récré. (en maternelle biensûr, vous pensez bien que mon frère n'a jamais pu mettre un pied en primaire)
Cette année j'ai connu des difficultés côté coeur, j'ai du rompre avec quelqu'un que j'aimai énormement et cette séparation me donne l'air d'une loque qui enchaîne les coups de malchance et les maladies débiles. Quand je rentre chez mes parents et qu'ils me voient ainsi, ils ne comprennent pas. Quand ils me voient à fleur de peau à pleurer pour le moindre petit désagrement, ils s'énervent. Et moi aussi je m'énerve parce que je sait qu'ils pensent que Pierre-Jean n'est plus mon problème comme dit ma mère. Je devrais alors aller parfaitement bien. Et la petite fille au fond de moi me crie tout le temps la même chose. Mais depuis trois mois, chaque matin je me lève en me disant que ça ira mieux, qu'aujourd'hui je vais tout faire pour que ça change mais rien ne change parce qu'un chagrin d'amour ne s'efface qu'avec le temps et rien d'autre. Ce n'est pas un grand malheur, personne n'est malade dans ma famille, j'ai de quoi manger et je suis entourée d'amis formidables. Des problèmes, j'en aurai des bien plus compliqués. Voilà ce que je me dis chaque jour, mais je suis toujours pareil. Et mes parents ne supportent pas ça. Ils ne comprennent pas et ne pourront jamais jamais jamais jamais comprendre. Et moi je ne pourrai jamais leur en vouloir pour ça.
Mais ça me met dans une situation bien compliquée.